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11 Novembre 2024
Le chemsex, une pratique qui gagne du terrain et qui fait de nombreuses victimes. Devant l'inaction des pouvoirs publics, des élus locaux, des militant.es et des professionnel.les de santé, ainsi que des parlementaires ont signé une tribune et une pétition pour réclamer à l'état la mise en oeuvre d'une véritable politique de prévention face à ce phénomène.
Chemsex... Un cocktail détonnant de drogues dures et pratiques sexuelles qui sévit de plus en plus, et dans toutes les couches de notre société. Elles ne sont plus rares ces histoires de personnes retrouvées inconscientes à la suite d'une soirée chemsex. Parfois, cela tourne au drame.
Un simple visite sur les applications de rencontres, et l'on constate que les consommateurs de ces drogues que l'on pourrait penser "festives" sont nombreux.
Devant ce phénomène inquiétant, des militant.es associatifs, des professionnel.les de santé, des élu.es locaux et nationaux se sont réunis le 17 octobre dernier à l'hotel de ville, à l'initiative de l'association Elus Locaux contre le sida. L'objectif, exprimer leur inquiétude face à une situation qui prend des proportions importantes.
C'est au travers d'un manifeste qu' ils ont pris la parole pour interpeler le gouvernement pour qu'il prenne des mesures concrètes, urgentes et spécifiques pour lutter contre le chemsex. C'est en effet une question de santé publique.
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Une pratique dangereuse et en plein expansion.
Pour ceux qui ignoreraient ce qu'est le Chemsex, on peut rappeler qu'il s'agit d'une pratique qui combine sexe et prise de drogues de synthèse (comme la 3MMC), qui entraine de nombreuses conduites à risque pouvant aller dans le pire des cas jusqu'à la mort. Sans oublier une dépendance rapide à ces substances.
Si l'on en croit les chiffres cités dans ce manifeste, le phénomène est alarmant. Selon les études, il existe une prévalence de la pratique du chemsex de 3 à 29% chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes. Cela est associé à des risques sanitaires majeurs, entre autre des transmissions accrues des IST, des intoxications par surdoses et des troubles psychologiques et des problématiques psychosociales qui en découlent.
Dans un rapport Chemsex, rendu le 17 mars 2022 par le professeur Benyamina au ministre de la santé, il est précisé que cette pratique concernerait entre 100.000 et 200.000 personnes. Des chiffres préoccupants qui n'ont malheureusement suscité aucune action au niveau national pour lutter efficacement contre ce fléau.
Pour une véritable politique nationale de prévention
Il y a urgence aujourd'hui. C'est pourquoi Jean-Luc Romero-Michel a réuni différents intervenant pour parler du chemsex. Un phénomène qu'il connait bien puisque son mari est mort d'une overdose en mai 2018, laissé inconscient et seul par l'organisateur d'une soirée chemsex.
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Christophe & Jean-Luc Romero-MIchel
Les discussions entamées le 17 octobre dernier ont abouti à la nécessité d'appeler les pouvoirs publics à construire une politique nationale permettant de lutter efficacement contre les dangers sanitaires et sociétaux (risques épidémiques VIH/VHC et désinsertion sociales) et les risques individuels du chemsex.
Il faut identifier le phénomène dans ses formes actuelles, informer le grand public, en particulier les jeunes, des risques à court, moyen et long termes, et soutenir l'ensemble des acteurs de terrain impliqués dans la prise en charge des personnes ayant recours à la pratique du chemsex.
Une politique nationale avec un maillage au niveau local, en s'appuyant sur les agences régionales de santé et les collectivités, pour apporter des réponses adaptées au besoins locaux.
Une proposition de résolution devait être portée devant l'assemblée, mais elle a été annulée à la suite de la dissolution. Elle contenait un certain nombre de mesure, qu'il serait nécessaire de mettre en place, comme établir un état des lieux épidémiologique, sensibiliser et former les personnels appelés à être en contact avec les personnes pratiquant le chemsex, ou encore collaborer avec les plateformes, sites, applications et établissements de rencontres afin de bâtir une stratégie de prévention.
Le tout dans une logique "d'aller vers" qui a fait ses preuves dans la lutte contre le VIH.
Un gouvernement à l'écoute?
Pas vraiment pour l'instant. Ces derniers temps, de nombreux meurtres ont eu lieu un peu partout sur le territoire en lien direct avec le narcotrafic.
Face à ce phénomène, le ministre de l'intérieur, Bruno Retaillaud a, à plusieurs reprises, culpabiliser les consommateurs, en disant notamment qu'ils avaient du sang sur les mains.
On se dirige plus vers une réponse pénale que médicale, oubliant au passage que les personnes dépendantes aux drogues sont malades et qu'elles demandent à être soignées de leur addiction.
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Andy Kerbrat
Un phénomène qui touche également les bancs de l'assemblée. Récemment, un député de La France Insoumise, Andy Kerbrat a été interpellé pour avoir acheté de la 3MMC en vue de l'organisation d'une soirée Chemsex.
Devant cette affaire, le ministre de l'intérieur a déclaré : "le député insoumis doit tirer les conséquences de ses actes", rappelant qu'un député a un devoir d'exemplarité.
Andy Kerbrat a depuis publié un communiqué de presse, dans lequel il explique faire face à des problèmes personnels et des fragilités psychologiques et qu'il allait suivre un protocole de soins.
Une approche qui ne semble pas émouvoir le gouvernement... faut-il s'en étonner?
Cependant, il est temps de prendre la mesure de la situation et agir avant qu'il ne soit trop tard.
C'est pourquoi, en plus de cette tribune, une pétition "Urgence Chemsex" a été mise en ligne. Elle a pour l'instant réuni 848 signatures, ce qui est peu compte tenu de l'enjeu.
Espérons que les autorités publiques ne resteront pas sourdes face à cet appel.